HERVÉ ROBBE

(1961 - )

Crédit V Bosc

Compagnie Hervé Robbe

« Parallèlement à des études d’architecture, j’ai été principalement formé à Mudra, l’école de Maurice Béjart à Bruxelles. Ma carrière d’interprète a débuté dans les années 80 en dansant le répertoire classique et néoclassique.

Une incorporation d’un patrimoine chorégraphique que j’ai pu alimenter, questionner, voir déconstruire en collaborant aux créations et aux démarches nouvelles de différents chorégraphes contemporains de cette période. J’ai commencé ma production chorégraphique en 1987, dans un contexte qui porte un regard neuf sur la danse et autorise des gestes inédits, de nouvelles représentations des corps. Ma démarche artistique s’est nourrie et a questionné les enjeux corporels et esthétiques de la modernité et de la postmodernité en danse, et s’est enrichie de confrontations culturelles lors de séjours d’échanges et de créations, en particulier aux États-Unis, au Japon, en Russie et à travers l’Europe.

A ce jour, je suis l’auteur de plus de soixante-cinq spectacles ou objets chorégraphiques qui auront été présentés dans de multiples contextes sur l’ensemble du territoire français et à l’international. Si dans la durée, une oeuvre riche s’est sédimentée et a pu déployer toute sa singularité, ma démarche artistique n’en reste pas moins vivante et inspirée, en résonnance avec notre présent. »

H. Robbe

Extrait de l'oeuvre cité dans la machine

TITRE : Grand Remix
ANNÉE : création école 2015 / recréation 2019
MUSIQUE : Pierre Henry
AUTEUR DE LA PARTITION : Simon Queven, 2017

Propos

« En septembre 1967, je viens d’avoir six ans et rentre à la grande école. Problème : j’apprends à écrire avec plume et encre et je suis gaucher. Il me faut déjà inventer des gestes à la marge pour ne pas faire des pâtés, une petite danse (une rébellion).
En mai de cette année scolaire ça gronde à l’usine d’à côté, vacances précoces et obligatoires. Pourquoi y a-t-il des gens qui se jettent des pavés ?
Les années passent. J’entends à la radio les jerks. Je les appelle musique vaisseau spatial.
Plus tard je découvre la pochette du disque Messe pour le temps présent - des étudiants en jeans, baskets et tee shirts qui semblent manifester.
Enfin lors d’un programme à la télévision - Les Ballets du XXe siècle - je découvre que les étudiants sont en fait des danseurs et je me dis que j’aimerais bien, moi aussi, participer à cette incantation des corps, cette utopie collective…
Juin 2015, j’ai cinquante trois ans. Je suis devenu danseur et chorégraphe. Je rencontre Pierre Henry dans sa maison de sons. Le lieu semble totalement investi de la cave au grenier par ses peintures concrètes qui cohabitent avec une gigantesque sonothèque.
Une force et une vitalité créative émanent de partout. Impressionné et intimidé, je suis accueilli par Isabelle Warnier et Bernadette Mangin qui me rassurent. Passage à la cuisine et salutations. Pierre Henry me propose de rentrer dans le concret de la musique dans son studio de composition. Nous écouterons les jerks de Messe pour le temps présent et ensuite le Grand Remix…
Je suis frappé par le continuum musical et sa pulsation frénétique et vitale. Une transe rythmique que j’interprète aussi comme un décompte inexorable. Quarante-neuf ans séparent les deux pièces. J’entends une sorte de fast-forward, une accélération qui mélange des émanations des jerks à de multiples couches sonores comme des souvenirs floutés, des surgissements d’événements passés.
La convocation d’un mythe premier au présent qui se réinvente. Une forme plus labyrinthique que circulaire. Plus qu’une messe la musique du Grand Remix m’évoque un autre type de rassemblement ou de rituel collectif : la rave party.
 »

Hervé Robbe septembre 2015